Me gusta la gratuidad !

12 juillet 2012
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La Place du Jeu de balle vient de servir pour la première fois de salle de concerts payants. Retour sur l’organisation de cet événement et ses conséquences. Gros déploiement de police et petits mensonges…

Les organisateurs semblent avoir tenu compte du quartier plus que ce qu’ils avaient laissé paraître dans un premier temps :

• La place n’a pas été complètement fermée pendant quatre jours. Le montage s’est déroulé de manière à ce que le marché aux puces puisse continuer à se tenir chaque jour, bien qu’amputé d’une partie de sa superficie. Pour les marchands, la casse a donc été limitée. Une vingtaine d’entre eux s’est tout de même vue privée de son gagne-pain. Payant leur emplacement au mois, le manque à gagner de ces quatre jours de chômage forcé ne leur sera pas remboursé.

• Dans l’après-midi du 11 juillet, le sound-check a même été l’occasion d’un moment sympathique entre les musiciens et un petit attroupement de passants et d’admirateurs, la place étant encore ouverte et la police ne s’y étant pas encore déployée.

• Les concerts (Manu Chao, et Troba Kung-Fu en première partie) ont commencé et se sont terminés pile-poil à l’heure annoncée. Plus de bruit après 23 heures… mais pendant les concerts, quel volume !

Un dispositif policier impressionnant… et coûteux

Vers 17 heures, la place fut entourée de grillages noirs pour empêcher l’accès et la vue de l’extérieur du site. La grande surprise du dispositif fut le bouclage complet du quartier par la police, bloquant tous les accès à un périmètre bien plus large que la place. Toute personne n’ayant pas le précieux sésame pour assister au concert se voyait donc refoulée du quartier. On a vu des habitants devant négocier avec les policiers pour pouvoir rejoindre leur domicile, et des personnes ayant rendez-vous avec les amis qui avaient leurs tickets devant jouer de ruse pour franchir les barrages. On n’avait jamais vu un tel dispositif policier en plein coeur de Bruxelles, si ce n’est bien sûr dans le quartier Léopold lors des Sommets européens ou pour empêcher les supporters de foot d’accéder à la Grand Place pendant l’Euro 2000. Certains n’ont pu s’empêcher de faire le lien avec le concert que Manu Chao donna en 2001 à Gènes pour les manifestants qui voulaient assaillir la zone rouge, encerclée par la police et protégeant les dirigeants du G8 cloîtrés dans les quartiers centraux de la ville. C’est une autre histoire… Mais du point de vue symbolique, voir la venue de Manu Chao déclencher la présence massive de policiers dans un quartier populaire n’est pas des plus réjouissant.

En tout cas, voir autant de policiers jouer les contrôleurs de tickets pour un concert payant est une première… On en a vu qui coursaient quelques courageux sans-ticket essayant de gravir les barrages, qui empêchaient des badauds de regarder le concert à travers les fentes des bâches apposées sur les grillages, ou qui réprimandaient les cafetiers servant des bières à des spectateurs à travers cette barrière. Même aux abords de la place, la notion d’espace public n’existait plus.

Le soir du second concert, des habitants et des cafetiers affichaient et distribuaient les deux textes du présent blog. Aussitôt, le service d’ordre et la police reçurent l’ordre de confisquer les tracts, d’arracher les affiches et menacèrent d’arrêter manu militari ceux qui les diffusaient. Cette opération policière de la plus haute importance dura une bonne partie de la soirée, puisque les affiches réapparaissaient sans cesse sur les palissades fermant la place…

Tout cela pose des questions, tant sur le coût réel de l’opération que sur l’opportunité d’organiser ce type d’événement au coeur d’un tel quartier. Le déploiement policier des 11 et 12 juillet aurait coûté 80.000 euros d’argent public !

La colère des cafetiers du Jeu de balle, restés ouverts pour l’occasion, était d’autant plus forte que ce dispositif sécuritaire les a empêchés de profiter de l’événement. En effet, toute personne n’ayant pas de ticket ne pouvait accéder à la place, tandis les spectateurs qui pénétraient dans l’enceinte fermée du concert ne pouvaient plus en sortir. Il y eu donc bien peu de monde qui put fréquenter les bistrots de la place.

Le public présent se souciait probablement peu de ces petits désagréments pour les gens du quartier. Le fait que ces deux concerts aient été les seuls de Manu Chao pour le Benelux, qu’ils tombaient en plein été et, rappelons-le, qu’ils coûtaient 33 euros, a rassemblé un public venu davantage de toute la Belgique et de plus loin encore qu’un public local. Le caractère unique de l’événement et le nombre de places limité (11.000 tickets au total, très rapidement vendus) a évidemment créé beaucoup de frustrés. Les tickets se revendaient d’ailleurs autour de 200 euros au marché noir !

Il reste à faire en sorte que cette première n’ouvre pas la porte à d’autres événements payants sur la Place du Jeu de balle et ne donne pas aux autorités bruxelloises l’envie de la transformer en scène régulière du Brussels Summer Festival. On peut d’autant plus les soupçonner d’avoir cette intention que Manu Chao, rencontré à l’issue de son second concert, nous a assuré que l’idée de jouer sur la Place du Jeu de balle ne venait pas de lui mais bien des organisateurs, contrairement à ce que leur campagne de communication a affirmé. Il nous a dit ignorer le fait que ses concerts étaient les premiers payants sur cette place, et rejoindre nos critiques.

Oui aux concerts gratuits sur la Place du Jeu de balle, non aux événements qui privatisent cet espace et empêchent habitants et commerçants de profiter de la fête !



Un commentaire pour “Me gusta la gratuidad !”



  1. Mercredi, un cafetier m’a donné un petit cours d’économie. Tout d’abord, il constate que la société Alken Maes, qui fournit les fûts pour cet événement, est la rivale d’Inbev. Et il relève que bien que ces sociétés se livrent à la concurrence, elles se partagent le gâteau de tel rassemeblement une année sur deux. Ensuite, il évalue les bénéfices, somme le nombre d’hectolitre par café, au minimum 6 sur les abords de la place et y inclut le débit à l’intérieur de la place. Enfin, il estime qu’à la prochaine occasion, la société brassicole assure sa place comme sponsor d’événement de ce tonneau. Et conclure que la musique n’est pas seulement destinée à égayer le grand public, populaire ou non, mais à celui des retour sur investissements.
    Tout compte fait, tous les organisateurs sortent gagnants: carte de visite pour la ville de Bruxelles, gros débit assuré pour la société brassicole et le BSF qui ne connait pas la crise, assurément.