Marolles : la chute de la maison Appelmans ?

Opacité, conflits d’intérêt, abus de pouvoir, intimidations, menaces, fausses déclarations, chantage à l’emploi… N’en jetez plus ! Accusations et plaintes pleuvent de tous côtés au Comité général d’action des Marolles (CGAM), fondé par l’abbé Van der Biest au lendemain de la victorieuse Bataille des Marolles de 1969 et qui connut son heure de gloire dans les années 1970-80. Malgré des subsides annuels d’environ 370.000€ (98% de son budget) et 8 emplois, le CGAM présente une « situation financière et morale alarmante ». D’aucuns affirment que « tout se passe comme si l’association était devenue la chose de la présidente »((Courrier du 5 juin 2015 adressé aux membres du CGAM par Hocine Brahimi, Michel Léger, Emmanuelle Rabouin, Willy Sandra et Michel Van Roye.)), Anne-Marie Appelmans. Cette ancienne dirigeante de la FGTB Bruxelles, 72 ans, s’est mis à dos quantité d’habitants, membres, anciens administrateurs, associations partenaires ou administrations publiques interpellées par ses méthodes… Son attitude autour de l’affaire du projet de parking sous la place du Jeu de Balle a été la goutte d’eau qui n’en finit pas, un an plus tard, de faire déborder le vase. Les travailleurs viennent d’entamer une action collective contre elle. Elle les menace en retour de licenciement ‑ et s’exécute. Qui gagnera le bras de fer ? Réponse à chercher du côté du dernier carré de fidèles, notamment dans les rangs du Parti Socialiste (PS), de cette personnalité excentrique et incontrôlable… Une comédie du pouvoir tristement banale et romanesque à la fois.

Photo : Anne-Marie Appelmans (à droite) avec l’abbé Jacques Van der Biest et le prince Amaury de Merode (au centre) lors d’un gala de soutien au CGAM en 2011.


On n’est jamais si bien servi que par soi-même

En avril 2015, plus de 1200 personnes signent une pétition s’opposant à l’expulsion de Manu Brocante (un habitant qui s’est opposé au parking sous le Jeu de Balle, avec la Plateforme Marolles) de son appartement de la rue des Renards et demandent que le local du rez-de-chaussée du même immeuble soit « octroyé à une association ou à une activité réellement utile au quartier ». Un local quasi inaccessible au public depuis 2007, date à laquelle Yvan Mayeur (PS), alors président du CPAS, le cède gratuitement à Mme Appelmans et son asbl fantoche Chez Albert, censée mettre « à disposition du public » la collection de livres de feu Albert Faust ‑ ancien leader syndical qui fut l’ex-mari de Mme Appelmans. Outrepassant les règles d’attribution publiques, le local est loué par la Régie foncière (propriétaire) au CPAS qui le met à disposition de Mme Appelmans qui le transfère à Chez Albert… qui le sous-loue au CGAM (dès 2011, un an après que Mme Appelmans en ait été intronisée présidente) comme « antenne » dont il n’a en pratique pas vraiment usage ‑ mais créant au passage un petit bénéfice dans les poches de Chez Albert.

En 2012, Yvan Mayeur et l’échevin des propriétés communales Mohamed Ouriaghli (PS) étendent la convention avec Chez Albert à l’appartement situé au-dessus du local. L’ancienne secrétaire générale de la FGTB Bruxelles est alors sous le coup d’une inculpation judiciaire (pour « faux et usage de faux, fraude fiscale, association de malfaiteurs, escroquerie, faux dans les comptes annuels et corruption active »((« Fin de l’enquête sur la FGTB, neuf inculpations« , 7sur7, 9 janvier 2009.))) qui lui fait craindre la saisie de ses biens ‑ notamment la maison qu’elle habite dans les Marolles. Mais l’affaire est prescrite en 2014, sans avoir été jugée. L’ex-inculpée n’occupe finalement pas l’appartement et se met à le sous-louer. En 2014, Manu Brocante en devient le « sous-sous locataire »… avant d’être menacé d’expulsion l’année suivante par Chez Albert, avec préavis d’un mois, pour avoir vertement critiqué le jeu trouble de Mme Appelmans dans le dossier du parking Jeu de Balle.

Manifestation devant le local et l'appartement de la rue des Renards, le 7 mai 2015.

Manifestation devant le local et l’appartement de la rue des Renards, le 7 mai 2015.

Le PS bruxellois fait le ménage Chez Albert

La pétition de soutien au locataire est suivie d’une manifestation, le 7 mai 2015, qui s’arrête devant les locaux du CPAS puis ceux du CGAM ‑ lequel vient de procéder à la coupure des compteurs d’énergie dans l’appartement. Une manifestation d’habitants devant le siège d’une association censée « développer la participation des habitants », voilà qui n’est pas courant…

La polémique s’invite aussi au Conseil communal de la Ville de Bruxelles et au Conseil de l’Action Sociale, où Yvan Mayeur, devenu bourgmestre en 2013, et sa remplaçante au CPAS Pascale Peraita (PS) font tout pour l’étouffer, plaçant les discussions sous le sceau du secret et évitant de répondre aux questions concernant, par exemple, « les conditions auxquelles la Régie Foncière met à disposition du CPAS des biens, les types d’occupations et de locations autorisés, et les obligations ainsi transférées »((Liesbet Temmerman, conseillère communale Ecolo, sur Facebook le 4 mai 2015.)). Selon plusieurs témoignages, les deux mandataires socialistes se contentent de répondre que « l’asbl Chez Albert fait du très bon boulot ».

Un tellement « bon boulot » que Chez Albert organise sa liquidation volontaire quelques mois plus tard. Le local du rez-de-chaussée est vidé dans la foulée et la Régie foncière en reprend la maîtrise (il est toujours vide à l’heure d’écrire ces lignes). La liquidatrice de l’asbl, une certaine Mme Appelmans, fait revendre au marché aux puces une partie de la collection d’Albert Faust et déménage le reste… dans un nouveau local mis à disposition par le CPAS, cette fois à la rue de Nancy (bien plus discrète que la très fréquentée rue des Renards) et directement au nom de Mme Appelmans, histoire de faire le ménage dans l’obscur mécanisme de « sous-sous-location ». Circulez, y a rien à voir.

Le CPAS condamné en justice

Si Chez Albert a plusieurs fois sommé Manu Brocante de déguerpir des lieux, l’asbl n’ira jamais jusqu’à mettre ses menaces à exécution. Le locataire faisant valoir son droit à rester dans l’appartement, l’en évincer supposerait de soumettre le litige au Juge de Paix, qui devrait se prononcer sur la légalité de la convention de « sous-sous location », et accessoirement de rendre publiques les conventions entre la Régie foncière, le CPAS et la défunte asbl… Ce que les autorités bruxelloises sont manifestement peu enclines à faire. La transparence a ses limites.

Le CPAS, qui se montre particulièrement compréhensif envers les frasques de Mme Appelmans, est autrement pointilleux avec Manu Brocante. Tout est fait pour obtenir son départ de l’appartement : après avoir tenté de le reloger dans un autre quartier, le CPAS l’accuse de vivre avec son chien dans un appartement qui « n’est pas adapté à la présence » d’un animal, puis n’hésite pas à affirmer que « d’autres occupants de l’immeuble » ont déposé plainte contre « son comportement »((Lettre du Directeur général coordonnateur du CPAS de Bruxelles, le 7 mai 2015)) ‑ allégation aussitôt démentie formellement par tous ses voisins. Devant l’échec de ces pressions, qui plongent le locataire en dépression, le CPAS sort l’artillerie lourde et lui coupe son revenu d’intégration sociale (RIS) en septembre 2015… Jusqu’à ce que le Tribunal du travail, estimant en février 2016 que la décision du CPAS « ne repose sur aucune justification admissible et s’apparente à une forme d’acharnement »((Jugement de la 12ème Chambre du Tribunal du travail francophone de Bruxelles, 29 février 2016.)), condamne celui-ci à rétablir le versement de l’allocation et à payer les 6 mois injustement suspendus.

Résultat des courses : Manu Brocante habite toujours l’appartement de la rue des Renards. Mais son bailleur, l’asbl Chez Albert, ayant procédé à son auto-dissolution en octobre 2015… personne ne lui réclame son loyer depuis lors. En effet, 8 mois plus tard, la Régie foncière n’a pas jugé utile de régulariser sa situation, préférant prolonger ce  flou juridique que de percevoir les loyers qui lui sont dus.

Plaintes à gogo

En réalité, la seule personne à avoir porté plainte contre Manu Brocante est Anne-Marie Appelmans. Faisant feu de tout bois pour apparaître comme une victime, c’est désormais une habituée du commissariat de police des Marolles où s’empilent les procès-verbaux d’audition relatifs aux plaintes pour harcèlement qu’elle initie notamment à l’encontre d’anciens employés (licenciés par ses soins).

Par ailleurs, elle déclare en mai 2015 dans « La Dernière Heure », « avoir porté plainte » contre l’auteur de ces lignes pour « des propos diffamatoires qui tiennent du harcèlement »((« Les Marolles derrière Manu Brocante », Nathan Gonze dans « La Dernière Heure », 5 mai 2015.)). En cause ? Un article paru sur ce blog, où est évoqué son passé judiciaire. Dans le contexte de l’histoire des locaux de la rue des Renards et de la gestion du CGAM, il n’est pourtant pas gratuit de rappeler que Mme Appelmans a été exclue la FGBT en 2002 pour « utilisation incontrôlable des fonds » et « gestion désastreuse du personnel »((« Une plainte pour harcèlement », La Dernière Heure, 17 mars 2003.)), ni saugrenu de souligner qu’une absence de jugement n’équivaut pas à un acquittement ‑ contrairement à ce qu’elle appelle joliment son « droit à la prescription »((« Les Marolles derrière Manu Brocante », Nathan Gonze dans « La Dernière Heure », 5 mai 2015.)) ‑ et qu’en l’occurrence elle n’est due qu’aux « retards inexplicables et inexpliqués »((« La chambre du conseil flingue le Parquet de Bruxelles« , Philippe Brewaeys dans « M Belgique », 10 octobre 2014.)) du Parquet financier de Bruxelles (selon l’expression du Président de la Chambre du Conseil).

D’ailleurs, il est cocasse de noter qu’un an après « avoir porté plainte », aucun des 3 articles publiés ici sur cette affaire n’a fait l’objet du moindre dépôt de plainte… L’annonce de poursuites imaginaires est une pratique vieille comme la justice, destinée à intimider les uns et à instiller la confusion dans l’esprit des autres.

Yvan Mayeur, Jacques Van der Biest, Philomène Brisbois et Anne-Marie Appelmans lors de la conférence de presse du bourgmestre annonçant l'abandon du parking Jeu de Balle, en février 2015.

Yvan Mayeur, Jacques Van der Biest, Philomène Brisbois et Anne-Marie Appelmans lors de la conférence de presse du bourgmestre annonçant l’abandon du parking Jeu de Balle, en février 2015.

« La démocratie interne est confisquée »

Les « manoeuvres grossières »((Courrier du 5 juin 2015 adressé aux membres du CGAM par Hocine Brahimi, Michel Léger, Emmanuelle Rabouin, Willy Sandra et Michel Van Roye.)) de Mme Appelmans à l’occasion de la mobilisation citoyenne contre le parking sous la place du Jeu de Balle n’ont pas été du goût de tout le monde, y compris au sein du CGAM où sa gestion est critiquée de longue date. En juin 2015, la contestation interne monte d’un cran : la présidente, alors censée entamer la dernière année de son second mandat, fait face à la fronde de plusieurs membres et administrateurs démissionnaires. Réunis sous le nom des « Amis du CGAM », ceux-ci demandent au Conseil d’administration (CA), comme le prévoit la loi, d’ajouter à l’ordre du jour de la prochaine Assemblée générale (AG) des points relatifs à la situation financière « périlleuse » du CGAM, à l’organisation d’un audit des comptes et à la révocation des administrateurs dont « la responsabilité est engagée »((Courrier du 5 juin 2015 adressé aux membres du CGAM par Hocine Brahimi, Michel Léger, Emmanuelle Rabouin, Willy Sandra et Michel Van Roye.)).

Dans une note de plusieurs pages((Courrier du 5 juin 2015 adressé aux membres du CGAM par Hocine Brahimi, Michel Léger, Emmanuelle Rabouin, Willy Sandra et Michel Van Roye.)) se basant sur un bilan financier provisoire (le bilan officiel n’étant pas disponible), ils pointent un déficit de 48.103€ en 2013 et de 19.073€ en 2014, un fonds social qui se creuse chaque année davantage jusqu’à atteindre -51.802€ en 2014, l’extravagance de certaines « dépenses incompréhensibles », etc. Ils se demandent comment on a pu en arriver à cette situation, alors qu’en 2011 « les finances avaient été redressées » grâce à un gala de soutien organisé par le prince de Merode((La famille de Merode, proche de la Fabrique d’église des Minimes et de l’abbé Van der Biest, a soutenu l’action de celui-ci, notamment en hébergeant ses associations (comme le CGAM) dans des locaux appartenant au Centre d’Œuvres de Merode.)) et qui apporta 105.000€ d’argent frais au CGAM. Ils soulignent enfin que « la démocratie interne est confisquée », notamment par des « pratiques irrégulières [visant] à écarter définitivement certains membres ». Et mettent en cause la présidente pour « autoritarisme », « comportement inadmissible », « gestion étrange du personnel »« pratiques opaques », « abus de pouvoir », « confusion [installée] entre le CGAM et son asbl Chez Albert », etc.

Des procédures faites pour ceux qui y croient

Mais l’AG de juin 2015 tourne court. Alors qu’une majorité se dégage pour révoquer Mme Appelmans et son CA, provoquant les hurlements et gesticulations de celle-ci, la séance est suspendue. Après la tentative du CA d’imposer un ordre du jour qui aurait vidé les points dérangeants de leur sens, la discussion bute sur l’impossibilité de discuter des comptes et bilan définitifs alors qu’aucun membre n’a pu en prendre connaissance. Ce n’est qu’en cours de séance que la présidente finit par en distribuer une version non détaillée ! Les points sont donc reportés à une assemblée ultérieure, après les vacances d’été. « Nous sortons de cette AG avec le sentiment que le CA a tout fait pour [qu’elle] ne se tienne pas normalement », commentent rétrospectivement des membres dans une note destinée à corriger le procès-verbal pour le moins tendancieux que la présidente rédigea de la séance.

La nouvelle AG est convoquée pour septembre, ce qui permet à Mme Appelmans de faire campagne. D’un côté, elle agite la carotte : courriers aux membres de l’association, rencontres individuelles, promesses, se targuer du soutien indéfectible d’Yvan Mayeur et d’autres édiles du PS, s’assurer de celui de l’abbé Van der Biest… De l’autre, elle tend le bâton : accusations de « pratiques délictueuses »((Réponses aux questions financières des membres, lettre du CA aux membres du CGAM, 7 septembre 2015.)) et autres refus de répondre aux « rumeurs et ragots mal intentionnés » des « Amis du CGAM » , lesquels reçoivent un courrier d’avocat trois jours avant l’AG les informant qu’une « plainte a été déposée pour accès frauduleux à un système informatique »((Courrier de l’avocat Laurent Arnauts aux signataires de la lettre des « Amis du CGAM », 7 septembre 2015.)) et les menaçant de poursuites pour « recel de vol » et « calomnie » (poursuites dont ils n’entendront plus parler par la suite)…

Le soir de l’AG, Mme Appelmans préside la séance. Stratagèmes, tergiversations, mises en scène et manœuvres procédurières lui permettent in extremis (à une voix près, la sienne comptant double) de changer l’ordre du jour et d’éviter un vote secret contre elle. Ce qui provoque la démission outrée de plusieurs membres, dont l’avocat et co-fondateur historique du CGAM Philippe De Keyser et deux associations sœurs créées par l’abbé Van der Biest : le Foyer des Jeunes des Marolles et l’Union des Locataires Marollienne.

Mise en « quarantaine »

Une nouvelle fois, Mme Appelmans a sauvé sa place. Accumulant « pratiques malsaines » et « décisions lunatiques »((Courrier du 5 juin 2015 adressé aux membres du CGAM par Hocine Brahimi, Michel Léger, Emmanuelle Rabouin, Willy Sandra et Michel Van Roye.)), cette amatrice de bras d’honneur et de noms d’oiseaux a réussi à faire le vide autour d’elle et asseoir sa suprématie… Sans autre motivation apparente qu’assouvir sa propre soif de pouvoir. Les enjeux de participation des habitants, de rénovation urbaine ou de droit à l’habitat semblent bien loin. Et à ce niveau-là, aussi, le CGAM a été mené au bord du gouffre : pour les « Amis du CGAM », qui disent œuvrer pour « qu’il redevienne une association travaillant avec et pour les habitants des Marolles », leur comité « s’est largement discrédité » et « ne remplit plus ses missions de base », voire sert des « intérêts partisans »((Courrier du 5 juin 2015 adressé aux membres du CGAM par Hocine Brahimi, Michel Léger, Emmanuelle Rabouin, Willy Sandra et Michel Van Roye.)).

Fin 2015, un contrôle mené par Actiris (l’Office régional bruxellois de l’emploi) sur la gestion des postes d’agents contractuels subventionnés (ACS) donnés au CGAM, a « mis en lumière des manquements/infractions graves » : outre les « fausses déclarations de prestation », le « non encadrement des travailleurs » et les comptes 2014 non publiés, l’administration note le « non-respect des activités prévues » et le « faible niveau d’activités de l’association » qui lui donnent « la conviction que le volume d’activité ne justifie plus le nombre d’ACS dont dispose [l’association] ».

Du côté de l’associatif bruxellois, le CGAM est de plus en plus isolé. En 2015, le Rassemblement bruxellois pour le droit à l’habitat (RBDH) et la Platform Pentagone arrêtent toute collaboration avec lui. En 2016, c’est au tour de l’AG d’Inter-Environnement Bruxelles (IEB) de voter son exclusion « pour contradiction avec les valeurs d’IEB dans la gestion, l’organisation et les activités d’une association membre »((Ordre du jour de l’AG d’IEB du 26 avril 2016.)) : une première dans l’existence de cette fédération de comités de quartier fondée en 1973. L‘Association du personnel du CGAM en est consciente : « l’image négative de [l’]attitude [de la] présidente se répercute sur le CGAM, et pousse de plus en plus d’associations à [s’en] désolidariser »((Lettre de l’Association du personnel du CGAM remise à l’AG du CGAM, le 3 mai 2016.)).

Un an après les assemblées tumultueuses de 2015, les travailleurs se sont en effet constitués en association. Tandis que certains d’entre eux avaient soutenu Mme Appelmans en 2015, ils s’inquiètent désormais de son ambition à repartir pour un troisième mandat de 3 ans. Ils n’en peuvent plus, et le font savoir par écrit aux membres qui s’apprêtent à élire un nouveau CA lors de l’AG de mai 2016. Leur courrier((Lettre de l’Association du personnel du CGAM remise à l’AG du CGAM, le 3 mai 2016.)) exprime un « mal être » face à « l’humeur variable » de cette présidente aux « exigences contradictoires », qui exerce sur eux « autorité abusive, (…) pression et acharnement », concluant par l’« impossibilité de continuer de travailler dans de bonnes conditions avec Anne-Marie Appelmans ».

Philomène Brisbois entourée de Faouzia Hariche, Pascale Peraita et Yvan Mayeur.

Philomène Brisbois entourée de Faouzia Hariche, Pascale Peraita et Yvan Mayeur.

Des menaces au passage à l’acte (de licencier)

Furieuse de cette sortie, la présidente sortante se fait néanmoins réélire administratrice (par 10 voix sur 18), en partie grâce à une AG désertée depuis 2015 par près de la moitié de ses membres, dégoûtés. Le nouveau CA, composé de 4 membres, se réunit une semaine après l’AG… en l’absence de l’unique administratrice opposée à la reconduction de la présidente. Les 2 autres administrateurs sont des acolytes de Mme Appelmans : Henri Piquet, membre du PS ixellois, dont le seul lien avec le CGAM est d’avoir été président de l’asbl Chez Albert, et Philomène Brisbois, concierge des logements sociaux de la Querelle et fidèle d’Yvan Mayeur, aux côtés duquel elle s’est présentée sur les listes du PS lors des dernières élections communales. La réunion a lieu le 11 mai, entre le décès et les funérailles de l’abbé Van der Biest, dont il n’est pas question dans l’ordre du jour. Les 3 comparses ont d’autres urgences. À l’unanimité, ils se répartissent les mandats pour 3 ans : Piquet devient administrateur délégué, Brisbois secrétaire, et sans suspense Appelmans reste présidente. Première décision de ce trio à la coloration en apparence très « rouge » : licencier un travailleur immigré parmi les signataires de la lettre de l’Association du personnel. Ensuite, donner mandat à Mme Appelmans pour recruter un nouvel employé… qu’elle choisit parmi ses connaissances personnelles. La séance est levée.

Mais entretemps, l’équipe des travailleurs a demandé l’intervention psychosociale de Mensura (service externe de prévention et de protection du travail) dont le rapport préliminaire((Courrier de Mensura du 26 mai 2016 relatif à la « demande d’intervention psychosociale formelle pour des risques psychosociaux à caractère collectif ».)), adressé aux instances du CGAM le 26 mai 2016, est pour le moins fleuri. Il évoque tour à tour le « manque de cohérence dans la gestion quotidienne du personnel (…) selon l’humeur du jour de la présidente », ses « exigences et demandes contradictoires » dont « certaines friseraient le conflit d’intérêt », ses « prises de décisions et partenariats (…) en fonction des amitiés ou griefs à l’égard de l’un ou l’autre des futurs partenaires ». Il pointe la « suppression de toute coordination » en l’absence de la présidente, « les équipes [n’ayant] pas l’autorisation de se réunir sans elle ». L’exigence de cette dernière « d’avoir un bureau permanent dont elle aurait l’exclusivité, malgré le manque de place du personnel ». Les réunions organisées en tête à tête « avec les employés à son domicile privé ». La réorganisation régulière de l’organigramme qui plonge ceux-ci « dans une grande confusion ». L’expression à leur égard de « mépris », d’« ironie » et d’« humiliation ». Sans compter les « menaces de licenciement » et autres « pressions (…) afin d’influencer les votes à l’Assemblée générale »… Un portrait qu’il est difficile de ne pas rapprocher de témoignages qu’on peut trouver ici ou sur le « management à l’américaine basé sur le ‘diviser pour mieux régner’ » que pratiquait la « comédienne » Appelmans lorsqu’elle dirigeait la FGTB Bruxelles et dont voici deux extraits choisis : « On bénéficie d’une assurance hospitalisation, mais Anne-Marie a fait supprimer la clause maternité pour éviter… que les femmes n’aient trop d’enfants. (…) Une secrétaire a été virée parce qu’elle n’arrosait pas les plantes. » Etc.

Quoiqu’il en soit, ses représailles contre l’équipe du CGAM ne se font pas attendre. Le 7 juin 2016, un jour avant la seconde réunion du nouveau CA (et donc sans attendre que puisse se dérouler une discussion sur le déclenchement de la procédure collective du personnel), le trio Appelmans-Piquet-Brisbois procède au licenciement de deux autres travailleurs ! La tentative de mise au pas du personnel a commencé. Décidément, à la direction du CGAM, l’héritage de la Bataille des Marolles n’est plus qu’un vague et très lointain souvenir…

• Gwenaël Breës




Rue des Renards : Anne-Marie Appelmans s’attaque à un chien pour noyer le poisson…

Anne-Marie Appelmans versus Manu Brocante, nouvel épisode. (Si vous avez raté les précédents, rendez-vous ici).

L’ASBL Chez Albert, créée par Anne-Marie Appelmans pour gérer des locaux rue des Renards reçus du CPAS de Bruxelles, vient de motiver tardivement sa volonté d’en déloger Manu Brocante dans un recommandé adressé à ce dernier (et en copie au CPAS).

De quoi le locataire est-il accusé ? « Vous détenez un chien sans en avoir demandé l’autorisation, alors que le règlement d’ordre intérieur s’y oppose », écrit Henri Piquet, le socialiste ixellois qui préside l’asbl fantoche de l’ancienne épouse de feu-Albert Faust. Un reproche furieusement semblable à celui formulé, le mois dernier, dans un précédent courrier incitant Manu Brocante à quitter les lieux : « Ce logement n’est pas adapté à la présence d’un chien », lui écrivait déjà le Directeur général coordonnateur du CPAS. Défense de rire.

Le hic, dans ce scénario tiré par les poils, c’est que la convention d’occupation n’interdit aucunement la présence d’un animal dans l’appartement. Quant au « règlement d’ordre intérieur » auquel se réfère le courrier, il est inconnu du locataire et n’est même pas mentionné dans la convention. Les mauvaises langues ajoutent d’ailleurs qu’avant d’être sous-loué, l’appartement était destiné à Mme Appelmans qui devait y habiter… en compagnie de son chien.

Avec pareils arguments, c’est impatiemment qu’on attend la plaidoirie de Chez Albert devant le Juge de paix. Mais pas de chance pour les amateurs d’humour poilant : pour l’instant, l’ASBL se garde bien de saisir la justice afin d’obtenir l’éviction de son locataire. Elle préfère, après lui avoir coupé les compteurs de gaz et d’électricité, enchaîner les lettres de mise en demeure, ce qui commence tout doucement à ressembler à du harcèlement. On n’oserait pourtant imaginer que Mme Appelmans cautionne de telles pratiques, elle qui collectionne les dépôts de plaintes pour harcèlement à son égard (au point de s’attirer le sobriquet de « Plainte contre X »)…

« Ce chien, moyen de dissuasion a empêché le CGAM d’occuper le local à l’arrière de votre appartement »

En réalité, cette énième lettre de mise-en-demeure ressemble à une tentative un peu désespérée de justifier le système de double sous-location mis en place par Mme Appelmans. En effet : si le CPAS ne pouvait ignorer la sous-location de l’appartement du 1er étage à Manu Brocante, il est probable qu’il ignorait certains des petits arrangements faits avec les locaux qu’il a généreusement octroyés à l’ancienne leader syndicale. Savait-il, par exemple, qu’une pièce de l’appartement est également sous-louée au CGAM, justifiant un second loyer pour le même étage ? Que le local du rez-de-chaussée, donné gratuitement à l’ASBL créée par Mme Appelmans, est ensuite sous-loué au CGAM (présidé par la même) ? Que ce système alambiqué permet à Chez Albert d’engranger un bénéfice sur le dos du CGAM ?…

Le CGAM est d’autant plus lésé dans l’affaire, qu’il n’a jamais réellement occupé ces locaux (malgré quelques efforts remarquables pour en donner l’impression, comme ces affichettes annonçant des permanences qui n’ont pas lieu). Et nous y voilà. Maintenant que ces petites cachotteries sont devenues plus visibles, il faut s’expliquer. Un premier coupable est désigné : si le CGAM n’utilise pas le local à l’étage, c’est à cause d’un chien ! « Ce chien, moyen de dissuasion a empêché le CGAM d’occuper le local à l’arrière de votre appartement », s’insurge Henri Piquet dans sa lettre à Manu Brocante.

Ce « moyen de dissuasion », c’est Aby. Une femelle de cinq ans, Berger un peu bâtard, aux yeux qui t’implorent en permanence de bien vouloir lui jeter le petit caillou, là, sous tes pieds, tellement petit que tu ne le vois pas, pour qu’elle puisse ensuite le ramener dans le creux de ta main qu’elle léchouille au passage en espérant que tu le relances en l’air, et ainsi de suite. Un an après son arrivée rue des Renards, voilà donc Aby, le toutou le plus inoffensif des Marolles, devenu la terreur du CGAM.

Et pendant ce temps, tous ces mois de loyers et de charges payés inutilement… quel gâchis pour les finances du CGAM.

Chez Albert_ AVENANT_CGAM

Car, comme en témoigne ce document, le CGAM sous-loue depuis novembre 2011 une partie du rez-de-chaussée du n°15 rue des Renards à l’ASBL de sa présidente, qui le reçoit pourtant gratuitement du CPAS. Depuis septembre 2013, le CGAM « accepte d’occuper entièrement le rez-de-chaussée » et sa contribution grimpe à 250€ par mois.

Certains n’hésitent pas à parler de conflit d’intérêts. C’est d’ailleurs Mme Appelmans qui signe cette convention pour le CGAM et Rudi Nerinckx pour Chez Albert. Pour rappel, Rudi Nerinckx est le fidèle complice de Mme Appelmans depuis l’époque de la FGTB : « Ce qu’Anne-Marie imaginait, Rudi le concevait. Pourtant, il n’a aucun diplôme de comptable, mais c’est ce qu’on appelle un financier. Un type qui peut tout manipuler dans les comptes pour obtenir ce dont il a besoin », témoignaient alors des travailleurs du syndicat. Rudi Nerinckx avait été licencié en 2001 par la FGTB pour « incompétence » et « gestion chaotique », mais Mme Appelmans l’avait aussitôt réengagé dans une société à laquelle elle comptait sous-traiter la comptabilité de la FGTB ! Depuis lors, il suit son ancienne patronne dans toutes ses associations. En 2013, il a même réalisé un audit sur les finances du CGAM. Sans doute n’a-t-il rien trouvé à y redire…

Aby, la terreur des Marolles.

Abi, la terreur des Marolles.




Quand la Ville dort (ou l’attribution des logements communaux expliquée aux Marolliens)

Recevoir un local gratuit pour le laisser fermé et un logement public pour le sous-louer, tout en générant du bénéfice ? Grâce au CPAS de Bruxelles, c’est possible ! Mais chut : pas pour tout le monde… Le cas de Manu Brocante, un locataire des Marolles menacé d’expulsion, révèle en effet un système aux relents de féodalité qui implique, d’une part, la Régie foncière et le CPAS de la Ville Bruxelles et, de l’autre, l’ancienne dirigeante de la FGTB Anne-Marie Appelmans et deux associations qu’elle pilote. Dans le climat de pressions et d’opacité qui entoure actuellement ce dossier, il nous a paru utile de mettre en lumière le rôle et la responsabilité des autorités bruxelloises, en racontant par le menu les agissements qu’elles ont rendus possibles et tolèrent. Un récit baroque ! 

Il s’en est passé des choses, depuis la publication sur ce blog, le 27 avril, d’un article contextualisant la tentative d’éviction de Manu Brocante, ce locataire du n°15 rue des Renards… Il y a eu de nombreuses marques de solidarité à son égard, telles cette marche de soutien rassemblant une centaine de personnes ((« Soutien à Manu Brocante, un habitant des Marolles menacé d’expulsion », RTBF, 7/5/2015.)) ou cette pétition récoltant plus de 1000 signatures en une semaine ((Lire la pétition. Voir aussi la page Facebook « En soutien à Manu Brocante ».)). Il y a eu aussi une série de plaintes et d’intimidations de la part des personnes et des institutions dont les procédés dans cette affaire ont été rendus publics et critiqués. Ainsi, le Comité Général d’Action des Marolles (CGAM) a bel et bien exécuté sa menace de couper les compteurs de gaz et d’électricité du locataire. Lequel, après avoir refusé de quitter son domicile, a reçu un courrier du CPAS le menaçant de perdre son revenu d’intégration sociale. De son côté, Anne-Marie Appelmans n’a pas voulu répondre aux journalistes, déclarant réserver ses arguments pour de futures procédures judiciaires — dont une plainte qu’elle annonce contre l’auteur de ces lignes pour avoir tenu « des propos diffamatoires qui tiennent du harcèlement » ((« Les Marolles derrière Manu Brocante », La Dernière Heure, 6/5/2015.)). Ambiance !

À la Ville de Bruxelles et au CPAS, on n’est guère plus loquaces. Les lieux où cette situation a été évoquée sont frappés du sceau du secret. Il en va ainsi du Conseil de l’Action Sociale, dont les discussions ne sont jamais publiques. Mais aussi du Conseil communal, où la question de Liesbet Temmerman (Ecolo) a été reléguée au Comité secret par Yvan Mayeur (PS) qui, dans un premier temps, avait carrément refusé de l’inscrire à l’ordre du jour ! Dommage que la presse n’ait pu entendre ce qui s’est dit et qu’il n’y ait pas de procès-verbal, car il s’agissait de demander à l’échevin des propriétés communales Mohamed Ouriaghli (PS) d’éclaircir « les conditions auxquelles la Régie Foncière met à disposition du CPAS des biens, les types d’occupations et de locations autorisés, et les obligations ainsi transférées » ((Liesbet Temmerman sur Facebook, 4/5/2015.)). Mais selon la conseillère communale, on n’a pas raté grand chose : « Je ne peux pas en dire plus, et ce même pas à cause du huis clos, mais tout simplement parce qu’il n’y a pas eu de réponse, la majorité n’estimant visiblement pas nécessaire de répondre » ((Liesbet Temmerman sur Facebook, 4/5/2015.)). Ce serait tellement plus simple s’il n’y avait pas de questions…

L’opacité est de mise, ce qui ne fait qu’attiser la curiosité et la suspicion… Y aurait-il quelque chose d’inavouable dans le mécanisme de « sous-sous-location » du rez-de-chaussée et du 1er étage du 15 rue des Renards ? À tout le moins, les détails fantasques de cette affaire dépeignent un CPAS aux différentes facettes : répressif avec certains, très permissif avec d’autres ! Rappel des faits et tour d’horizon des questions qui fâchent…

Rétroactes :

  • Le n°15 rue des Renards est une propriété de la Régie foncière de la Ville de Bruxelles.
  • 2007. La Régie foncière loue le rez-de-chaussée au CPAS de Bruxelles (alors présidé par Yvan Mayeur), qui le donne gratuitement à Anne-Marie Appelmans pour y mettre à disposition du public la collection de livres de feu son ex-mari, le leader syndical Albert Faust.
  • 2010. Mme Appelmans crée l’ASBL Chez Albert, deux mois après être devenue présidente du Comité Général d’Action des Marolles (CGAM).
  • 2011. Le bail de Mme Appelmans est repris par Chez Albert. Le CGAM commence à payer une « participation aux charges » à la nouvelle ASBL de sa présidente.
  • 2012. L’arrangement entre le CPAS et Chez Albert s’étend au logement du premier étage, cette fois contre un loyer modéré.
  • 2013. Après des travaux dans l’appartement, Mme Appelmans renonce à y habiter et Chez Albert se met à le sous-louer.
  • 2014. Manu Brocante devient le locataire de l’appartement.
  • Hiver 2014-2015. Manu participe activement à la bataille contre le projet de parking au Jeu de Balle. Comme beaucoup, il reproche au CGAM de s’être totalement désolidarisé de cette lutte citoyenne et d’avoir ensuite tenté de confisquer la victoire aux habitants. Fin février, il le fait savoir vertement à la présidente du CGAM, une certaine Anne-Marie Appelmans…
  • Mars 2015. Chez Albert ordonne à Manu de déguerpir dans le mois. Le courrier précise que s’il n’obtempère pas, « le CGAM fera fermer les compteurs d’électricité et de gaz à sa charge ».

 

 

1. La Régie foncière peut-elle déroger à ses propres règles d’attribution ?

C’est bien connu : il n’y a pas de règles sans exceptions… Lorsque le rez-de-chaussée du 15 rue des Renards s’est vidé de son activité (un brocanteur qui avait repris cet ancien magasin de chaussettes), plusieurs personnes dans le quartier disent avoir manifesté à la Ville leur intérêt de le reprendre pour y mener des activités commerçantes ou culturelles, sans jamais avoir eu l’occasion légale de se porter candidates : les procédures de publicité prévues par la Régie foncière n’ont pas été respectées. Le rez-de-chaussée a été attribué directement à Anne-Marie Appelmans, via le CPAS présidé par Yvan Mayeur. Cela se passait en 2007, au moment même où l’échevin des propriétés communales Mohamed Ouriaghli se faisait fort de mettre en place des procédures visant à « garantir la transparence de l’attribution des logements par la diffusion publique de règles claires et sur base de critères objectifs » ((« La Régie Foncière à visage découvert », Mohamed Ouriaghli, septembre 2007.)). Gageons que ceux-ci seront scrupuleusement respectés, lorsqu’en 2012 c’est un appartement qui sera cette fois octroyé à Mme Appelmans, via son ASBL Chez Albert (créée en 2010 pour « pérenniser et défendre la mémoire de l’action militante d’Albert Faust » ((Statuts de l’ASBL Chez Albert.))).

2. Qu’est-ce qui motive le transfert d’un bien de la Régie foncière au CPAS ?

Une question à laquelle la Ville et le CPAS ne manqueront pas de répondre, dans leur volonté de « garantir la transparence » En effet, pourquoi la Régie foncière n’assume-t-elle pas ici directement son rôle de bailleur ? Pourquoi le CPAS joue-t-il les intermédiaires avec Mme Appelmans ? Ce montage a-t-il permis de contourner les procédures d’attribution de la Régie foncière ? Ou faut-il comprendre que le soutien à Mme Appelmans et ses activités est le fait du CPAS et de son président de l’époque, Yvan Mayeur ? À propos : un loyer est-il versé à la Régie foncière par le CPAS pour le rez-de-chaussée qui est cédé gratuitement à Mme Appelmans ?

3. Le CPAS peut-il attribuer un logement à une ASBL ?

C’est douteux. Chacun sait qu’une ASBL n’habite pas un logement, et celui-ci n’a pas vocation à devenir un bureau. C’est pourtant ce qu’a fait ici le CPAS, en concluant le bail de l’appartement non avec Mme Appelmans, à qui il était pourtant destiné, mais avec Chez Albert. Selon les statuts de cette ASBL, Mme Appelmans n’y est qu’une simple membre du conseil d’administration : le président est Henri Piquet (du PS ixellois) et son trésorier Rudi Nerinckx ((« Comptes et règlements de comptes à la marollienne ? », sur ce blog, 27/4/2015.)) (un fidèle de Mme Appelmans depuis la FGTB). Peut-être s’agissait-il ainsi d’éviter de céder un logement public à loyer modéré à une dame dont le profil ne correspond pas exactement à celui des personnes que le CPAS est censé aider dans sa lutte contre la crise du logement. Cela aurait fait mauvais genre… Car, à l’époque, Mme Appelmans est déjà propriétaire d’une maison et d’un appartement dans les Marolles, sans oublier la résidence secondaire qu’elle loue à la côte belge.

4. La sous-location d’un logement de la Ville est-elle autorisée ?

En théorie, non. Il est pourtant probable que la sous-location ait été d’emblée autorisée dans la convention entre Yvan Mayeur et Chez Albert, en 2012, puisqu’il s’agissait alors de donner un toit à Mme Appelmans dans le cas où ses ennuis judiciaires l’obligeraient à se séparer de ses propriétés. L’appartement de la rue des Renards est d’ailleurs rénové de fond en comble pour le confort de sa future occupante, et probablement à charge de la Ville : aucun frais de travaux n’apparaît en effet dans les comptes de l’ASBL Chez Albert qui, au contraire, est manifestement dispensée d’en payer le loyer pendant les premiers mois d’occupation. Puis, l’ancienne secrétaire générale de la FGTB Bruxelles obtient son « droit à la prescription », comme elle le dit si joliment ((« Les Marolles derrière Manu Brocante », La Dernière Heure, 6/5/2015.)) : l’affaire FGTB n’est pas jugée ((« La chambre du conseil flingue le Parquet de Bruxelles« , M Belgique, 10/10/2014.)) et Mme Appelmans, qui ne craint plus pour ses biens, reste habiter dans sa maison familiale. Le CPAS, plutôt que récupérer l’appartement de la rue des Renards ou le restituer à la Régie foncière, laisse Chez Albert (dont ce n’est pas l’objet social) se transformer en bailleur d’un logement public. Un beau micmac !

5. Le CPAS cautionne-t-il des conditions de sous-location arbitraires et précaires ?

Apparemment, oui. Plusieurs documents indiquent que le CPAS n’ignore ni la « sous-sous location » de « son » appartement (celui qu’il loue à la Régie foncière), ni les conditions extrêmement précaires et quelque peu farfelues dans lesquelles l’ASBL Chez Albert sous-loue ce bien. Ainsi, le choix du sous-sous-locataire — celui qui habitera réellement dans les lieux — est-il confié au hasard des rencontres et des humeurs de Mme Appelmans, sans affichette ni annonce. Toute une série de personnes dans le quartier, y compris des travailleurs du CGAM, se sont vus proposer la location de l’appartement à des conditions contractuelles et financières variables, selon les témoignages.

C’est de la main à la main qu’un locataire précédant remettait son loyer… à des employés du CGAM. Il sera mis à la porte par Mme Appelmans après quelques mois. Quant à Manu Brocante, qui a refusé cet arrangement et paye son loyer sur le compte de Chez Albert, sa convention d’occupation serait un beau cas d’école pour les étudiants en droit. L’objet de la location et l’usage des lieux n’y est pas explicité. Le preneur s’y voit conférer un vague rôle de concierge de la « Bibliothèque d’Albert Faust » à laquelle, dans les faits, il n’a pourtant pas accès. Et à l’inverse d’un bail (terme soigneusement évité ici), cette convention n’est pas enregistrée. Le bailleur s’y réserve, à tout moment, le droit de mettre fin à l’occupation du preneur avec un préavis d’à peine un mois. Mais cette précarité n’est motivée par aucune raison… si ce n’est, sans doute, l’emprise qu’elle confère au bailleur sur son locataire.

6. La Ville peut-elle confier des locaux et un logement à une ASBL qui ne fait quasiment rien d’autre que les sous-louer ?

Si l’on se fie à ce qui se passe rue des Renards, oui ! Depuis 2007, le local de la « Bibliothèque d’Albert Faust » est un don totalement désintéressé du CPAS. Venant de la principale institution d’aide sociale, qui se prive ainsi d’un revenu locatif en ces temps difficiles, ce souci porté à l’éducation littéraire des Marolliens est remarquable. N’empêche, il s’agit bien d’une forme de subvention. Peut-on imaginer un instant que les bénéficiaires de ce soutien public ne soient soumis à aucun contrôle de leurs comptes et de leurs activités ?

Alors, bien sûr, il ne s’agit pas de n’importe quelle bibliothèque. Celle-ci est unique en son genre : elle fonctionne sans personnel, sans bureau, sans registre des emprunteurs, sans liste des ouvrages disponibles, sans carte de membre, ni tarifs. Rien de tout ça ici. Et au diable la technologie : téléphone, email, site web… à quoi bon ? Des horaires d’ouverture ? Passez quand vous voulez… c’est toujours fermé. Certes, les passants peuvent apercevoir par les vitres des objets aussi hétéroclites qu’une biographie de François Mitterrand, une BD de Gotlib ou une cassette de « Rambo ». Mais des mauvaises langues affirment que les plus belles pièces de la collection disparaissent avec le temps. Peu importe, elles ne sont de toutes façons ni consultables, ni empruntables ! Plutôt qu’une bibliothèque, c’est un décor. Une fiction. Après avoir passé de longs mois dans des caisses en carton, les livres, disques et VHS de l’ancien leader syndical y ont été disposés sur des étagères par une artiste du quartier. Celle-ci avait obtenu de Mme Appelmans de pouvoir occuper la bibliothèque, en échange du paiement des charges, pour y organiser des ateliers et tourner un film. Un accord « à l’amiable » qui se soldera par le départ de l’artiste et le changement de la serrure du local, avant qu’elle puisse récupérer ses affaires ! Depuis, la bibliothèque n’a été accessible qu’à l’occasion de rares « prêts » pour des expositions ou des activités privées, censées compenser son absence d’ouverture. Huit années, ça fait un bail ! Et comme la rue des Renards est une ruelle très fréquentée, les témoins de cette longue inertie se comptent par centaines et par milliers. Il n’y a manifestement que le CPAS qui ne s’en soit pas aperçu.

A-t-il au moins consulté les comptes de Chez Albert ? C’est une lecture instructive : elle montre que depuis la création de cette ASBL, pas le moindre centime n’a été dépensé en timbres, téléphone, photocopies, ni aucun autre frais de fonctionnement ou d’activités ((Hormis une notable exception de 120€ de « publicité et relations publiques » en 2013.)). Il est vrai que lorsque Chez Albert adresse une lettre recommandée à son locataire, c’est le CGAM qui envoie le courrier ((« Comptes et règlements de comptes à la marollienne ? », sur ce blog, 27/4/2015.)) ! Bref, Chez Albert est une ASBL qui n’existe que par la grâce des locaux reçus du CPAS…

7. Peut-on générer un bénéfice financier en sous-louant des locaux reçus du CPAS ?

C’est en tout cas le tour de passe passe mitonné par Chez Albert. Et le CPAS ne peut l’ignorer, du moins s’il contrôle un tant soit peu les « activités » et les comptes d’un projet qu’il soutient depuis 8 ans. Notez bien, il ne s’agit pas de sommes mirobolantes. Mais tout de même. Au cours des 12 derniers mois, Chez Albert a engrangé un bénéfice de 1850€ en ne faisant qu’une seule chose : percevoir un loyer pour l’appartement du 1er étage et une « participation aux charges » du CGAM ((Déclarations de créance de Chez Albert au CGAM.)). Bien joué. Le comble, c’est que l’argent qui alimente ce système est exclusivement public. Ce sont des subventions régionales, communautaires et communales qui financent le CGAM, notamment pour ses missions de lutte contre la pauvreté, contre l’exclusion sociale et pour le droit au logement. Tandis que le loyer de Manu Brocante provient de son revenu d’intégration sociale… payé par le CPAS de Bruxelles. Mais il faut voir le bon côté des choses : avec cet argent, l’association sans but lucratif Chez Albert pourra peut-être organiser quelques « agapes entre membres et amis » ((Statuts de l’ASBL Chez Albert.)) dans sa bibliothèque ?

8. Que vient faire le CGAM dans cette galère ?

Accrochez-vous, le montage est un peu tordu… Il faut d’abord rappeler que Chez Albert est créée en novembre 2010, deux mois après que Mme Appelmans soit élue présidente du CGAM. En février 2011, le bail du rez-de-chaussée de la rue des Renards (au nom de Mme Appelmans depuis 2007) est repris par Chez Albert, qui se met aussitôt à facturer au CGAM une « participation aux charges » pour l’usage de la pièce arrière de la « Bibliothèque d’Albert Faust ». Officiellement, il ne s’agit pas d’un loyer (difficile à justifier pour un local reçu gratuitement), mais le CGAM s’acquitte ainsi de la quasi-totalité des charges de la bibliothèque, théoriquement pour y organiser des cours d’alphabétisation et des « tables de discussion ». Tâche qui s’avérera compliquée, Mme Appelmans refusant d’installer des tables dans la bibliothèque, qui par ailleurs n’est pas chauffée.

Puis, l’appartement du 1er étage entre dans la danse : en mars 2013, c’est le CGAM qui curieusement ouvre les compteurs d’énergie à son nom et règle les consommations du logement destiné à être sous-loué par Chez Albert. Mais en parallèle, la « participation aux charges » forfaitaire facturée par Chez Albert au CGAM augmente d’année en année ((Le CGAM a ainsi payé une « participation aux charges » à Chez Albert de 630€ en 2011, 2200€ en 2013, et 3000€ en 2014.)). Raison officielle ? Le CGAM est censé occuper la pièce arrière du rez-de-chaussée, mais aussi la pièce arrière de l’appartement, afin d’y organiser « des cours d’initiation à l’informatique pour lutter contre l’exclusion sociale ». Le projet, dénommé « Clic Marolles », est soutenu par la Fondation Roi Baudouin qui finance 12 ordinateurs et du matériel informatique. Mais contrairement à ce qu’indiquent les affiches et les rapports d’activités du CGAM, les permanences annoncées deux fois par semaine dans la bibliothèque se tiennent portes closes et lumières éteintes. Le local réservé au CGAM dans l’appartement, lui, ne sera jamais aménagé (voir notre photo) : peut-être parce qu’il n’est pas très commode d’imaginer donner des formations informatiques à un public précarisé dans l’intimité d’un appartement habité ? Quant au locataire du 1er étage, il voit ainsi son logement amputé d’une pièce, à loyer inchangé, mais le gaz et l’électricité sont inclus en compensation dans son loyer. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Au bout du compte, le CGAM paye deux fois les « charges » de locaux qu’il n’utilise pas ! Et sa « participation » financière, dépassant de loin le montant des charges réelles, crée au passage un boni dans les caisses de Chez Albert ((Chez Albert perçoit sur un an 5400€ de loyer pour l’appartement du 1er étage et 3000€ de « participation aux charges » du CGAM, soit 8400€. Alors que le coût réel du loyer versé au CPAS, des charges communes et de la consommation d’électricité ne s’élève qu’à environ 6550€ par an. L’un dans l’autre, le bénéfice est d’environ 1850€.)). La lutte contre l’exclusion sociale a bon dos.

C’est peut-être à cause de ce genre de dépenses à l’utilité toute relative que les comptes du CGAM se sont creusés ces dernières années, jusqu’à atteindre un déficit de 48.000 euros sur l’exercice 2013 ((Entre 2010 et 2013, certains postes ont notamment explosé dans le budget du CGAM : les loyers, charges, entretien et réparation des bâtiments, mais aussi les frais de téléphonie et de restaurant,…)). La crédibilité de l’association dans le quartier a aussi souffert de telles pratiques. La responsabilité en incombe à son conseil d’administration, dont la moitié des membres a d’ailleurs démissionné depuis la dernière élection. Mais, heureusement, la présidente peut compter sur quelques soutiens inconditionnels au sein du CGAM… dont celui de Chez Albert, devenu membre de l’assemblée générale en tant que personne morale. Quant aux travailleurs, ils sont placés directement sous la coupe de la présidente, depuis que celle-ci a licencié la coordinatrice de l’équipe (sans prestation de préavis) et a supprimé cette fonction pour mieux la remplacer par sa présence quasi-quotidienne. Quel dévouement !

9. Peut-on couper les compteurs de gaz et d’électricité d’un locataire ?

C’est en principe illégal. C’est pourtant ce qu’a fait le CGAM, le 7 mai 2015, au moment même où se déroulait le rassemblement contre l’éviction de Manu Brocante. On l’a vu, les compteurs de l’appartement n’étaient au nom ni du bailleur ni du preneur, mais à celui du CGAM, qui payait les consommations du locataire en échange d’une pièce dans son logement ! Mais pas de chance pour Manu Brocante (qui a dû rouvrir les compteurs à son nom, après avoir vécu une semaine sans gaz ni électricité) : la convention d’occupation n’en pipe mot. Encore un arrangement « à l’amiable »…

10. Questions subsidiaires…

À l’heure d’écrire ces lignes, Manu Brocante conteste son délogement et considère que la loi sur le bail de résidence principale s’applique à son cas. Le CPAS lui a proposé un appartement à l’autre bout de la ville, mais il veut rester dans son quartier. Pour mettre à la porte cet encombrant locataire, Chez Albert devrait maintenant s’adresser à la justice, ce que Mme Appelmans promet de faire aux journalistes qui l’ont interrogée. Juridiquement, il devrait donc revenir au Juge de Paix de dire si les clauses de la convention de « sous-sous-location » sont conformes à la loi. Mais encore faudrait-il que Chez Albert saisisse réellement la justice, ce qu’elle ne fait pas pour l’instant, préférant continuer à envoyer des mises en demeure à son locataire.

Sur le plan politique et moral, il est évidemment inacceptable qu’un logement public soit soumis à de telles conditions d’arbitraire et de précarité, qui s’écartent fortement du cadre légal d’un bail d’habitation. À la lumière de cette gestion hasardeuse, on aurait pu supposer que le CPAS rappelle à l’ordre Chez Albert. Au contraire, c’est le sous-sous-locataire de l’appartement qui s’est attiré les foudres du CPAS : il se voit à présent reprocher son manque de « collaboration positive » dans la recherche d’un relogement et menacé de perdre son revenu d’intégration sociale !

Faut-il comprendre de ces pressions conjointes que Chez Albert et le CPAS veulent éviter que le litige soit porté devant la justice ? Mais si Manu Brocante finit par céder et déménager, qu’adviendra-t-il de l’appartement de la rue des Renards ? Le CGAM reprendra-t-il le loyer à son compte ? Ou Mme Appelmans trouvera-t-elle un nouveau sous-sous-locataire… qui pourra y habiter jusqu’à la prochaine incompatibilité d’humeur ?

Et tout cela avec la bénédiction de la Ville de Bruxelles ?

• Gwenaël Breës




Comptes et règlements de comptes « à la marollienne » ?

Une situation survenue récemment dans les Marolles pourrait passer pour une querelle de village sur fond de mobilisation contre le parking sous la place du Jeu de Balle. En réalité, elle révèle les pratiques douteuses d’associations où l’on retrouve Anne-Marie Appelmans, ancienne secrétaire générale de la FGTB Bruxelles, et leurs liens avec la Ville de Bruxelles.

Le 26 février 2015, le Bourgmestre de Bruxelles Yvan Mayeur organise une conférence de presse dans le commissariat de police des Marolles. Il annonce l’abandon du projet de parking souterrain sous la place du Jeu de Balle. Décidé quatre mois plus tôt, ce projet avait suscité une vaste levée de boucliers et une mobilisation citoyenne dont la locomotive fut la Plateforme Marolles, qui lança coup sur coup une pétition recueillant plus de 23.000 signatures en trois semaines, une demande de classement patrimoniale de la place, une semaine d’activités pour célébrer les 142 ans de présence du Vieux Marché, etc.

Aux côtés du bourgmestre, face aux journalistes, se trouve notamment Anne-Marie Appelmans, la présidente du Comité général d’action des Marolles (CGAM). Cette association a pour objet social de « lutter contre la déshumanisation croissante des structures urbaines actuelles », « développer la participation des habitants aux décisions relatives au développement urbain » ((Statuts de l’ASBL CGAM.)), et dispose pour ce faire de subventions publiques et d’une équipe de huit équivalents temps plein. Mais dans l’émoi qui a suivi l’annonce d’un parking sous le Jeu de Balle, le CGAM s’est surtout distingué par son absence auprès des habitants…

Plutôt que soutenir leur mobilisation et remplir sa mission première, il a diffusé un communiqué à la conférence de presse d’Yvan Mayeur le 26 février, dans lequel sa présidente reproche à la Plateforme Marolles ses « slogans simplificateurs » et ses « messages musclés » opposant un « Non » catégorique au parking ((Communiqué de presse du CGAM, 26/2/2015.)). Une critique étonnante de la part d’une association née suite à la Bataille des Marolles de 1969 : à l’époque, le mot d’ordre des Marolliens pour s’opposer aux projets d’extension du Palais de Justice, était déjà « Non ». Il s’était déjà trouvé des gens pour critiquer ce slogan « infantile » ((Comme le dénonçait à l’époque Jacques Van der Biest dans « La bataille des Marolles« , RTBF, 1969.)), qui avait toutefois porté ses fruits !

« Une solution entre Marolliens »

Selon Yvan Mayeur, le CGAM lui a « donné son concours » pour trouver une « solution alternative » ((Communiqué de presse d’Yvan Mayeur, 26/2/2015.)) au creusement d’un parking sous le Jeu de Balle. Une séquence médiatique lui permettant à la fois de se présenter comme un bourgmestre « à l’écoute des habitants », « qui défend les Marolles » ((Yvan Mayeur sur Twitter, 15/3/2015.)), mais également de parler d’une « concertation » ((Yvan Mayeur sur Twitter, 26/2 et 15/3/2015.)) et de faire dire à la presse que « les associations sont satisfaites de l’accord » ((Télé Bruxelles, 26/2/2015.)). Le bourgmestre est content. Le CGAM aussi. C’est un win-win !

Mais dans le quartier, cette autoproclamée « solution entre Marolliens » ((Yvan Mayeur sur Twitter, 27/2/2015 et sur Télé Bruxelles, 15/3/2015.)) est loin de faire l’unanimité. En réalité, elle n’abandonne pas le projet d’un parking souterrain dans les Marolles, qu’elle déplace à 500 mètres de là. Pour les habitants de l’immeuble de logement social des Brigittines, cette « solution » suppose le creusement d’un parking d’environ 400 places sous leurs pieds. Et pour les échoppiers du Vieux Marché, elle signifie le déplacement de leur site de stationnement actuel.

De plus, la décision de la Ville a été décrétée en l’absence de toute concertation avec les principaux concernés… Si ce n’est une enquête « sur le terrain » ((CGAM sur Twitter, 16/3/2015.)) dont le lecteur appréciera la rigueur scientifique : expédiée en un temps record, après l’annonce de la « solution », elle a été menée par le CGAM. Inutile de préciser qu’aux questions posées par l’association défendant les décisions de la Ville, « la plupart des gens interpellés » ont répondu en soutenant celles-ci. C’est parfois tellement simple, la concertation…

Représailles

Parmi les habitants, commerçants et amis du Vieux Marché qui se sont activement investis dans la Plateforme Marolles pour s’opposer au projet de parking initialement prévu sous la Place du Jeu de Balle, il y a Manu Brocante. Manu a toujours habité dans les Marolles. Il doit son surnom au café « La Brocante », au-dessus duquel il est né et où il a jadis travaillé. Le 27 novembre 2014, il a décoré son gilet orange de slogans contre le parking et l’a porté quotidiennement jusqu’au 26 février 2015…

Ce soir-là, autour de la place du Jeu de Balle, on fête l’abandon du projet de parking. Mais l’étonnant duo médiatique Mayeur-Appelmans a laissé un goût amer dans la bouche de nombreux habitants et commerçants. Certes, ils savent que la tentative de récupération du CGAM est grossière. Mais ils avalent mal ce qu’ils ressentent comme une partie qui s’est jouée dans leur dos, une confiscation de leur victoire et un pied de nez à leur revendication d’une véritable concertation sur les problèmes de mobilité dans les Marolles ((Lettre de la Plateforme Marolles à la Ville de Bruxelles, 18/12/2014.)).

Manu téléphone à la présidente du CGAM et laisse sur son répondeur un message exprimant en termes peu diplomatiques ce qu’il pense de ses manières. Manu connaît bien Mme Appelmans : c’est elle qui lui loue l’appartement où il habite depuis un an. Plus exactement : Manu paye son loyer à l’ASBL Chez Albert, créée par Mme Appelmans pour « pérenniser et défendre la mémoire de l’action militante d’Albert Faust » ((Statuts de l’ASBL Chez Albert.)), son ex-mari et leader syndical du SETCa, décédé en 2004.

Également native du quartier, Mme Appelmans se dit volontiers adepte des règlements de compte « à la marollienne », selon ses propres mots (comprendre : sans excès de diplomatie ou de politesse). Ce qui ne l’empêche pas d’être aussi coutumière du dépôt de plainte pour harcèlement à son égard. Et la voilà qui accuse Manu, trois semaines après son message vocal, de « harcèlement et injures ». Dans la foulée, celui-ci reçoit une lettre recommandée cachetée par le CGAM mais à en-tête de l’ASBL Chez Albert ((Courrier du 16 mars 2015 de l’ASBL Chez Albert.)), le sommant de quitter son appartement… avec un préavis d’un mois.

Ce renon particulièrement court est certes prévu dans la convention d’occupation rédigée par Chez Albert et signée par Manu. Mais selon les avis juridiques qu’il a récoltés, la convention n’échappe pas à la loi sur le bail de résidence principale qui octroie tout de même quelques droits élémentaires aux locataires. C’est ce que Manu a fait valoir à l’ASBL Chez Albert (même si c’est le CGAM qui a signé la réception du recommandé), recevant pour toute réponse une nouvelle sommation de quitter les lieux pour le 30 avril. Et la menace qu’à cette date « le CGAM fera fermer les compteurs d’électricité et de gaz à sa charge » ((Courrier de l’ASBL Chez Albert, 16/4/2015.)).

C’est à ce stade du récit qu’une précision s’impose : l’ASBL Chez Albert n’est pas propriétaire de l’appartement loué par Manu. Elle en dispose grâce aux faveurs du CPAS de Bruxelles. Ce qui rend la situation plus absurde encore : Manu émargeant actuellement au même CPAS, ce dernier devra se préoccuper de lui retrouver un logement s’il est mis à la rue !

À l’heure d’écrire ces lignes, voilà où en est cette affaire qui soulève nombre de questions. Quels sont les liens entre le CGAM, Chez Albert, Anne-Marie Appelmans, le CPAS… ? Qui procède, au juste, à la tentative de mettre Manu à la porte de son domicile ? De quel droit une ASBL peut-elle sous-louer à sa guise un appartement de la Ville, avec une convention qu’elle se réserve le droit de résilier à tout moment ? Pour trouver des réponses et identifier les imbrications en jeu dans cette situation, il faut remonter d’une grosse décennie en arrière…

« Le cadavre de ton ennemi »

En 2002, Mme Appelmans est évincée du poste de secrétaire générale de la FGTB Bruxelles qu’elle occupait depuis 1989. L’état-major de la FGTB l’accuse notamment d’« utilisation incontrôlable des fonds » ((« Une plainte pour harcèlement« , La Dernière Heure, 17/3/2003.)) : des flux financiers suspects ont eu lieu des caisses du syndicat, via des ASBL qu’elle gérait, vers une société qu’elle administrait. En 2003, elle est inculpée, placée sous mandat d’arrêt et passe trois semaines en détention préventive ((« La terreur Appelmans« , La Dernière Heure, 17/3/2003.)).  L’ancienne « pasionaria de la FGTB » ((Le Soir, 18/10/2002.)) clame son innocence et dénonce un « complot politique » ((« Anne-Marie Appelmans se défend en justice« , La Libre Belgique, 4/12/2002)). Mais le dossier d’instruction est jugé « accablant » par la presse ((« Appelmans nie la magouille mais reste sous les verrous« , SudPresse, 18/3/2003 + « Corruption, travail en noir: séisme à la FGTB !« , La Dernière Heure, 14/3/2003.)) et certains de ses co-inculpés, dont son acolyte Rudy Nerinckx ((Lire l’encadré « Un certain mélange de genres ».)), sont en aveux pour le volet « corruption » du dossier ((« Appelmans nie la magouille mais reste sous les verrous« , SudPresse, 18/3/2003.)).

Mme Appelmans est lâchée de toutes parts. Elle entame une traversée du désert au cours de laquelle, confessera-t-elle plus tard, elle adopte ce dicton : « Attends au bord de l’oued et tu verras passer le cadavre de ton ennemi » ((« Je sors d’un tunnel de plus de 5 ans« , La Libre Belgique, 13/6/2006.)). Tout un programme… Dans certains cénacles, on s’inquiète du sort de cette « forte tête et grande gueule », réputée « excessive » et « imprévisible » ((Le Soir, 18/10/2002.)).

Une faveur du CPAS

En 2007, le CPAS de Bruxelles, alors présidé par Yvan Mayeur (PS), passe un accord avec l’Échevin des Propriétés communales, Mohamed Ouriaghli (PS) : le CPAS prend en charge le rez-de-chaussée commercial d’une maison des Marolles appartenant à la Régie foncière, afin de le mettre gratuitement à disposition d’Anne-Marie Appelmans.

Officiellement, il s’agit de rendre accessibles les archives du défunt Albert Faust, dans un ancien magasin de chaussettes doté d’une belle devanture. Une partie des livres, disques et films de l’ancien leader syndical y sont ainsi stockés… dans des caisses. Il faudra attendre environ deux ans avant que la « Bibliothèque d’Albert Faust » soit aménagée. Derrière l’inscription « Chez Albert » peinte en vitrine, le passant peut certes apercevoir des affiches, des étagères et des piles de livres. Mais, hormis de rares expositions organisées par d’autres et quelques activités le plus souvent privées, le local est resté fermé au public depuis 2007.

Pourquoi le CPAS a-t-il voulu jouer les intermédiaires entre la Régie foncière et Anne-Marie Appelmans ? Habituellement, la Régie foncière loue elle-même ses locaux, comme c’est le cas des appartements de la maison en question. D’autre part, le CPAS semble loin ici de ses missions sociales. A-t-il estimé que cette activité était ce dont le quartier avait le plus besoin ? A-t-il voulu éviter à cette initiative culturelle si dynamique la pénible tâche de se constituer en ASBL et de devoir demander les subventions qui lui permettraient de payer un loyer ?

Après le rez-de-chaussée, le premier étage

En 2009, l’instruction judiciaire de « l’affaire Appelmans » est clôturée : son inculpation est confirmée pour « faux et usage de faux, fraude fiscale, association de malfaiteurs, escroquerie, faux dans les comptes annuels et corruption active » ((« Fin de l’enquête sur la FGTB, neuf inculpations« , 7sur7, 9/1/2009.)).

En septembre 2010, Mme Appelmans devient présidente du CGAM ((Lire l’encadré « Un certain mélange de genres ».)). Deux mois plus tard, l’ASBL Chez Albert est créée. Parmi ses fondateurs, Anne-Marie Appelmans, Rudy Nerinckx (désigné au poste de trésorier) et une ASBL qu’ils gèrent ensemble : Formation Travail et Santé (FTS) ((Lire l’encadré « Un certain mélange de genres ».)). L’objet social de Chez Albert ne se limite pas à la mise « à disposition du public » des livres d’Albert Faust. Ses statuts affichent des ambitions bien plus grandes, notamment « soutenir toutes les formes de cultures artistiques, philosophiques, politiques », « favoriser les liens sociaux locaux entre les habitants du quartier », etc. ((Statuts de l’ASBL Chez Albert.)) Aussitôt créée, l’ASBL signe avec le président du CPAS Yvan Mayeur un avenant au contrat conclu en 2007 avec Anne-Marie Appelmans : Chez Albert reprend à son nom les droits et obligations dudit contrat de mise à disposition gratuite du local ((Contrat de mise à disposition entre le CPAS de Bruxelles et l’ASBL Chez Albert.)).

Craignant peut-être de perdre son appartement et sa maison familiale des Marolles si le vent judiciaire tournait mal, Mme Appelmans convainc la Ville de Bruxelles de lui louer l’appartement situé au-dessus du local où les archives d’Albert Faust prennent la poussière. En 2012, le logement se libère et le CPAS (toujours présidé par Yvan Mayeur) l’intègre dans sa convention avec l’ASBL Chez Albert. Pour ce logement de trois pièces, le CPAS demande un loyer mensuel d’environ 400€.

De conséquents travaux de rénovation sont alors entrepris dans l’appartement. Mais peu de temps après, un nouveau chantier est entamé… pour enlever une partie des installations venant d’être posées. Finalement, Mme Appelmans n’habitera jamais dans ce logement. Est-ce parce qu’entretemps la menace judiciaire s’est éloignée des inculpés de « l’affaire Appelmans » ?

En effet, en juillet 2012, le Parquet financier de Bruxelles déclare la prescription atteinte dans le dossier des malversations financières à la FGTB. Mais à tort. Le Parquet attend alors, à nouveau sans rien faire, jusqu’en mai 2014 où il déclare l’action publique éteinte ! Au grand dam du juge d’instruction, des parties civiles (la FGTB et la Communauté française) et du Président de la Chambre du Conseil… lequel déplorera que l’affaire ait manifestement « été remisée pendant plusieurs années afin d’aboutir à la prescription » et dénoncera les « retards inexplicables et inexpliqués » du Parquet ((« La chambre du conseil flingue le Parquet de Bruxelles« , M Belgique, 10/10/2014.)).

Un appartement, deux loyers ?

Résultat des courses : l’appartement de la Régie foncière, celui qui est loué au CPAS pour être mis à disposition de l’ASBL Chez Albert, a finalement été… sous-loué. Manu Brocante en est l’actuel locataire, en vertu d’une convention pour le moins originale tant elle est courte (4 articles), vague et précaire. Outre le payement de son loyer mensuel de 450€, il est aussi censé « veiller sur la sécurité de la bibliothèque d’Albert Faust et rendre des services de conciergerie » ((Convention d’occupation entre l’ASBL Chez Albert et ‘Manu Brocante’.)).

Ce loyer exclut l’arrière pièce de l’appartement, censée être un bureau du CGAM. Un nouvel échange de bons procédés avec l’ASBL Chez Albert, qui, pour pallier à l’absence d’activités dans la « Bibliothèque d’Albert Faust », accueille ainsi les permanences de « Clic Marolles » : « un espace public numérique » ((Promotion internet du CGAM.)) organisé par le CGAM afin de proposer « des cours d’initiation à l’informatique pour lutter contre l’exclusion sociale » ((Rapport annuel 2013 de la Fondation Roi Baudouin.)).

La lecture des comptes de Chez Albert montre le caractère dormant de cette ASBL : hormis payer et refacturer un loyer et des charges, ses dépenses et ses recettes sont nulles. Officiellement, Chez Albert ne perçoit pas de loyer de la part du CGAM, mais il lui fait payer une « participation aux charges » depuis plusieurs années. Cette « participation » a coûté au moins 2700€ au CGAM en 2013, et son conseil d’administration l’a chiffrée à 3800€ dans son budget 2014. Pour comparaison, Chez Albert a dépensé à peine 600€ de charges en 2013 (à la fois pour le rez-de-chaussée et l’appartement du premier étage). L’ASBL créée par Anne-Marie Appelmans fait donc payer au CGAM, dont elle est présidente, des « charges » quatre à six fois supérieurs à ce qu’elles coûtent en réalité. Ce qui fait cher pour une pièce inoccupée ! Car, derrière la porte fermée de la « Bibliothèque d’Albert Faust », les ordinateurs de « Clic Marolles » (douze  PC financés par la Fondation Roi Baudouin en 2013) sont restés éteints…

Il faudra attendre fin avril 2015, pour apercevoir un début de mouvement derrière les vitrines de Chez Albert. Deux mois après la « solution entre Marolliens », le CGAM cherche peut-être à redorer son blason. Plus prosaïquement, l’association se réorganise, après avoir dû quitter un autre rez-de-chaussée commercial qu’elle louait depuis 2013. Avec son siège social et le local de Chez Albert, c’était sa troisième « antenne » ((Rapport d’activités 2013 du CGAM.)) dans le quartier. Le conseil d’administration du CGAM voulait ainsi se doter d’une « meilleure visibilité » ((Rapport d’activités 2013 du CGAM.)). Encore fallait-il avoir les moyens d’assumer les frais d’occupation de trois locaux… et toutes ces charges !

Malaise

Faut-il le préciser, l’intention de cet article n’est pas de supposer qu’une association doit être complètement assimilée à sa présidente ou à son conseil d’administration. Pas question non plus de faire indéfiniment porter à une personne la réputation d’une accusation passée. En l’occurrence, Mme Appelmans n’a d’ailleurs pas été condamnée pour les faits qui lui étaient reprochés dans « l’affaire FGTB » : le Parquet de Bruxelles a déclaré la prescription.

Les questions posées ici sont de nature publique. Il s’agit de l’utilisation de subventions et de locaux publics. Mais aussi d’un quartier, de la vie de ses habitants, de l’associatif qui existe en leur nom. Et qui se permet parfois de parler un peu vite à leur place !

Gwenaël Breës

Un certain mélange de genres

On l’a compris en tirant les fils de l’histoire de « Chez Albert » : la confusion règne quelque peu entre Mme Appelmans et ses différentes casquettes associatives…

En 2002, la hiérarchie de la FGTB a renvoyé la patronne de sa section bruxelloise pour deux motifs :

  • « Utilisation incontrôlable des fonds » ((« Une plainte pour harcèlement« , La Dernière Heure, 17/3/2003.)). Le responsable syndical qui est à l’origine de l’enquête interne de la FGTB, explique ainsi ce qui a motivé son geste : « Quand on recule les limites, il n’y a plus de limites » ((« FGTB : les raisons d’une exclusion« , Le Soir, 22/10/2002.)). L’expert comptable désigné par le juge d’instruction confortera les accusations de la FGTB, en concluant « à l’absence d’explications » pour des sommes chiffrées à « plusieurs dizaines de millions d’anciens francs belges et qui avaient été utilisées à d’autres fins que les fins auxquelles elles étaient légalement destinées » ((« La chambre du conseil flingue le Parquet de Bruxelles« , M Belgique, 10/10/2014.)).
  • « Gestion désastreuse du personnel » ((« Une plainte pour harcèlement« , La Dernière Heure, 17/3/2003.)). Des plaintes pour harcèlement moral sont déposées à l’encontre de celle que d’anciens subordonnés décrivent comme « une comédienne » ((« Le vrai visage d’Appelmans« , La Dernière Heure, 16/3/2003.)), qui « crie, tempête, pleure souvent » ((Le Soir, 18/10/2002.)). Certains ont témoigné de méthodes qui n’avaient rien de social : « chantage à l’emploi » ((« FGTB: Appelmans virée !« , La Dernière Heure, 17/10/2002.)), « menaces verbales, licenciement sec et abusif, elle ne reculait devant rien. Des gens ont fait et font encore des dépressions à cause d’elle » ((« Une plainte pour harcèlement« , La Dernière Heure, 17/3/2003.)).

Mme Appelmans a toujours réfuté ces accusations, concédant toutefois que sa comptabilité était « chaotique » et « désastreuse » ((« La FGTB voulait ma tête« , La Libre Belgique, 18/10/2002.)). Ses contradicteurs lui reconnaissent par ailleurs certains talents. On la dit experte en subsides et fine connaisseuse des rouages administratifs des ASBL. Et en matière de bien-être des travailleurs, elle n’a de leçon à recevoir de personne… Psychologue de formation, elle a été la présidente de Travail et Santé (une ASBL de la FGTB).

Après son licenciement du syndicat, elle fonde Formation Travail et Santé (FTS), une association active « dans le domaine de la santé des travailleurs » qui avait notamment pour objet de former « des délégués d’entreprises dans un but de prévention » ((Statuts de l’ASBL Formation Travail et Santé.)). En 2008, FTS ajoute une corde à son arc : les titres-services. Et en 2009, une petite sœur au nom très proche voit le jour : FTS Titres-Services, créée pour « promouvoir l’emploi en milieu ordinaire accessible prioritairement aux personnes handicapées physiques ou mentales » ((Statuts de l’ASBL FTS Titres-Services.)). Une activité florissante, si l’on en croit les comptes de FTS : ceux-ci annoncent un chiffre d’affaire de 716.000€ en 2011, un bénéfice de 350.678€ en 2012, 651.249€ de « produits exceptionnels » la même année, ou encore un montant de 537.954€ de rémunérations et avantages sociaux directs correspondant à… un seul équivalent temps plein ! Malgré ces résultats fructueux, FTS décide de se saborder en 2013. Non sans laisser un gros défaut de paiement à l’ONSS (32.000€) et léguer un petit actif net au CGAM (700€). La même année, sa cadette FTS Titres-Services transfère quant à elle son siège social à l’adresse du CGAM. Avant de se dissoudre également en 2014…

C’est en 2010 que Mme Appelmans devient présidente du CA du CGAM. Un rôle qu’elle va incarner à sa manière, devenant peu à peu omniprésente dans le quotidien de l’équipe. Laquelle n’est plus dotée d’un coordinateur depuis 2013, le conseil d’administration ayant décidé de ne pas remplacer la dernière personne ayant occupé le poste et qui l’a quitté pour incompatibilité d’humeur avec la présidente. Dans l’associatif des Marolles, il se dit diplomatiquement que le CGAM est « en crise »…

Une poignée de personnes suit Mme Appelmans dans les différents CA de ces ASBL. Ainsi, le trésorier de Chez Albert fut l’administrateur délégué de FTS Titres-Services, association qui avait pour présidente l’épouse du trésorier du CGAM, dont elle est également membre, à l’instar du président de Chez Marcel. Ce petit monde est en partie issu des milieux du PS et d’anciens de la FGTB. Tel Rudi Nerinckx, fidèle de la première heure : « Ce qu’Anne-Marie imaginait, Rudi le concevait. Pourtant, il n’a aucun diplôme de comptable, mais c’est ce qu’on appelle un financier. Un type qui peut tout manipuler dans les comptes pour obtenir ce dont il a besoin » ((« La terreur Appelmans« , La Dernière Heure, 17/3/2003.))… La FGTB n’a toutefois pas gardé un souvenir impérissable de Rudi Nerinckx : elle l’avait licencié en 2001 pour « incompétence » et « gestion chaotique » ((« FGTB : les raisons d’une exclusion« , Le Soir, 22/10/202.)). Mme Appelmans l’avait ensuite réengagé dans l’une de ses sociétés, à laquelle elle comptait sous-traiter la comptabilité de la FGTB !

Si la confusion existe dans les organes dirigeants, elle se manifeste aussi à d’autres niveaux. Ainsi, ces travailleurs du CGAM mis à contribution sur le chantier de rénovation du local et de l’appartement de Chez Albert. Ou encore, les nettoyages du domicile de la présidente du CGAM par l’« équipe d’hommes à tout faire » ((Promotion internet du CGAM.)) du « BricoDépannage », un service créé par le CGAM pour effectuer « tous ces petits travaux que vous ne pouvez pas réaliser vous-même » et à qui il est arrivé de travailler pour d’autres administrateurs de l’ASBL sur des chantiers situés à plusieurs kilomètres des Marolles, bien loin du « territoire d’action » ((Rapports d’activités du CGAM.)) exclusif de ce service. Mais on ne va tout de même pas pinailler pour des prestations qui coûtent seulement 5€ de l’heure…